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Informatique libre cherche espace numérique pour relation durable

Usages
D'un côté, nous avons des espaces publics numériques, de l'autre, l'informatique libre (les logiciels et le matériel).

Une rencontre

D'un côté, nous avons : des espaces numériques dans lesquels on promeut un accès démocratique à l'informatique en général et à l'Internet en particulier. Réduire la fracture numérique et favoriser une meilleure appropriation des outils informatiques sont deux des missions principales de ces lieux, et ce depuis plus d'une dizaine d'années. Les espaces numériques sont, dans la majorité des cas, portés par des collectivités ou par des associations et demeurent identifiés comme étant d'intérêt général de par leurs missions précédemment citées et leur rôle d'animation et de médiation à jouer dans la société de l'information actuelle. 
Ces endroits peuvent être considérés comme des espaces publics destinés à promouvoir et cultiver une certaine forme de démocratie numérique qui serait portée par Internet et l'informatique «réappropriée». 
 
De l'autre : l'informatique libre, comprenez les logiciels et le matériel libre. Le software et le hardware, deux composantes essentielles de l'informatique, qui peuvent être appropriables par leurs utilisateurs car il est ici possible d'étudier leur fonctionnement et leur structure.
Ces logiciels libres sont soumis à la licence GPL et respectent les 4 points suivants :
 
    1. la liberté d'exécuter le programme, pour tous les usages ; 
    2. la liberté d'étudier le fonctionnement du programme et de l'adapter à ses besoins ; 
    3. la liberté de redistribuer des copies du programme (ce qui implique la possibilité aussi bien de donner que de vendre des copies) ; 
    4. la liberté d'améliorer le programme et de distribuer ces améliorations au public pour en faire profiter toute la communauté. 
 
Ces règles donnent la possibilité aux utilisateurs des dits logiciels d'évoluer dans un cadre relativement souple qui garantit un maximum de liberté et de prise d'initiative. 
Comparativement avec les règles d'utilisation et les licences des logiciels propriétaires bien plus répandus, les logiciels libres semblent mieux appropriés aux missions d'intérêt général portées par les EPN, ne serait-ce que concernant l’accessibilité au plus grand nombre et à moindre coût.  
Le gouvernement Ayrault a abondé en ce sens en publiant une circulaire d'« Orientation pour l'usage des logiciels libres dans l'administration » en septembre 2012. Ce type de publications nous montre que se dessine aujourd'hui un intérêt plus grand de la part des institutions officielles quant aux logiciels libres.
 
Les espaces numériques ont également pour une majorité d'entre eux, saisi les enjeux des logiciels libres et les ont intégrés au sein de leurs activités. Il en va autrement des systèmes d'exploitation libres, qui franchissent rarement la porte des espaces numériques.
 
Il y a plusieurs raisons à cela, l'une des principales étant la difficulté de rompre avec les habitudes ancrées. Aujourd'hui, 92 % des ordinateurs familiaux sont dotés d'une version de Windows. La plupart du temps issue d'une stratégie marketing implacable et volontaire, les utilisateurs de Windows se sont vu imposer ce système d'exploitation par ce que l'on appelle une « vente liée » où l'acheteur doit acquérir Windows d'office, en même temps que son ordinateur.
Ce type de pratiques est sujet à controverse et parfois les acheteurs ne sont pas décidés à se laisser imposer ce régime. Le 23 juillet 2007, la société Acer a été condamnée à rembourser 311,85 € de licences de logiciels pré-installés sur un ordinateur vendu 599 € à un particulier
 
On voit donc que les systèmes d'exploitation propriétaires exercent un quasi monopole sur le marché de l'informatique « familiale », alors que ce n'est pas forcément le cas lorsque l'on parle d'informatique mobile, de tablettes...
Les espaces numériques sont là pour accompagner cette entrée dans une démocratie numérique en privilégiant le modèle du logiciel libre, via un accompagnement et une formation aux outils.
 


Pourquoi GNU/Linux dans les EPN ?

 
Le modèle propre au logiciel libre est basé sur les méthodes agiles, itératives et le travail collaboratif, ce qui permet de développer des outils très performants lorsqu'ils sont supportés et animés par une large communauté. Ainsi, alors que 94 % du marché des ordinateurs familiaux est occupé par Windows et soumis à des bugs réguliers et des virus retors, 92,4 % des supercalculateurs utilisés dans la recherche sont équipés avec du GNU/Linux, ce qui prouve l'efficience et la stabilité d'un tel système.
 
Le réseau Parcours Numériques a déjà abordé par le passé les aspects éthiques et politiques propres au logiciel libre lors de ses rencontres, à Guérande essentiellement, et il souhaite renouveler ces échanges qui semblent importants pour ce secteur. 
Il est essentiel de comprendre que le logiciel libre n'est pas une utopie candide portée par une communauté de bénévoles barbus, mais qu'il est bel et bien soutenu par engagement citoyen pour ouvrir l'accès des technologies et permettre une plus grande émancipation des utilisateurs.« Le mouvement des logiciels libres a fait la révolution, crée de nouveaux espaces de liberté, assuré un basculement des pouvoirs et libéré plus largement autour de lui ce qui aurait pu devenir un ordre nouveau, balisé par les décisions de quelques entreprises. »
 
Bien sûr, le logiciel libre représente également une économie - Il ne faut pas confondre libre et gratuit - mais c'est un modèle économique autre que celui des logiciels propriétaires assurant, dans le cas de projets conséquents, des revenus corrects à ses développeurs, commerciaux et autres acteurs, sans tomber pour autant dans l'obscénité des revenus de messieurs Gates et Job pour ne citer que les plus médiatiques des barons de l’informatique propriétaire.
C'est, par ailleurs, un argument de poids quand on évoque le coût des licences des logiciels libres comparés à ceux des logiciels propriétaires, et c'est ce qui séduit surtout, même les plus réticents à tout avènement d'une démocratie (La puissance (cratos) du peuple (demos)) numérique. En atteste cette étude du ministère de l'Intérieur datant de 2007 et intitulée « Étude sur les économies réalisables grâce au logiciel libre ».
 
 
Sachant qu'une licence Windows 8 coûtera environ 280 € à partir du 31 janvier 2013, et qu'à partir de cette version « Il n'existe pas de mise à jour vers l'édition standard de Windows 8, et il n'existe plus non plus de pack familial valable pour trois ordinateurs » et qu'un espace numérique moyen possède 15 ordinateurs, on attend 4200 € de licence Microsoft Windows. 
Somme à laquelle nous pouvons rajouter les licences pour Microsoft Office par exemple, qui dans sa version la plus « légère » coûte 184 €, ce qui donne 2760 € pour l'ensemble du parc informatique.
Si l'on ajoute les licences pour Windows et Office, on arrive pour l'instant un total de 4200 + 2760 = 6960 €.
A cette somme on peut ajouter les licences pour Adobe Photoshop évaluées à 954€ pièce sur disons cinq postes dédiés au traitement photo, 5 * 954 = 4770 € A ce stade, on obtient un total de 11730 €. On peut ensuite ajouter les licences pour Microsoft Word, Illustrator, soundForge et Cubase pour faire de la MAO... Sans compter le matériel qui doit évoluer à chaque nouvelle version de logiciel, rendant obsolète les machines de plus en plus rapidement.
Sans vouloir faire des comptes d'apothicaires, il faut se rendre à l'évidence que le coût pour accéder au droit d'utiliser des logiciels pour communiquer, créer, partager… à l'aide du numérique est assez conséquent lorsqu'on utilise des logiciels propriétaires. Surtout pour des espaces numériques à l'économie souvent fragile et subventionnée par des deniers publics.
Il est tout à fait envisageable d'imaginer une économie moyenne de 15000 € dans la fourchette basse à réaliser sur le parc informatique de chaque espace numérique en utilisant des logiciels libres et du matériel durable. Autant d'argent qui pourrait, ou aurait pu, être investi dans du développement de projets, du soutien à l'emploi, de l'investissement dans du matériel libre… même si l'on reverse ne serait-ce que 500 € à la fondation Mozilla, à Audacity ou Libre Office pour les remercier de développer des logiciels libres performants…! ou que l'on rémunère des prestataires de services pour de la formation ou de la maintenance du logiciel, contribuant ainsi au développement d'une économie locale : « 100 € dans le logiciel libre égal 100 € dans l’économie locale ».
 
Les logiciels libres nous donnent également la possibilité de démystifier l'informatique.
À l'heure où nous sommes baignés dans un flux informationnel et entourés de toutes sortes de machines numériques (ordinateurs, GPS, smartphones, tablettes, RFID, caméras, robots etc.) l'informatique aujourd'hui est très peu enseignée dans les écoles comparativement à sa présence dans notre société. Alors que l'opacité des systèmes numériques croît au fur et à mesure que les législations sur les propriétés intellectuelles se durcissent « jamais il n’y a eu autant de jeunes manipulant des ordis, des tablettes ou des smartphones, et si peu d’entre eux comprennent quelque chose à leur fonctionnement intrinsèque. La génération des bidouilleurs a laissé place à celle des consommateurs, qui achètent des produits dont on ne voit pas les vis/vices. »
Les vendeurs et fabricants d'informatique tentent de nous réduire à des pousseurs de boutons sur nos écrans tactiles, le code et le bricolage sont dévalorisés et laissés aux mains des experts. 
 
 
Il incombe aux espaces numériques de développer une culture basée sur l'appropriation et la compréhension du numérique, en s'appuyant notamment sur des outils libres et accessibles au plus grand nombre à travers la mise en place d'une éducation populaire du numérique. 
C'est également en favorisant des outils libres que les espaces numériques pourront faire face à un contexte économique anémié, participant ainsi au développement d'économies plus durables, plus locales et bien souvent plus solidaires.
Les espaces numériques et l'informatique libre sont faits pour s'entendre. Quand ce n'est pas le cas, c'est qu'ils ne se sont pas encore rencontrés.