Vous êtes ici

Immersion en espace numérique : Pouzauges

Portraits
Récit d'une journée en immersion au Cybercentre de Pouzauges, en vendée.

Sur le terrain ...

Jeudi 24 mars, Pouzauges, début de la journée d'immersion dans la médiation numérique Vendéenne.
Christelle, animatrice au Cybercentre du Pays de Pouzauges, y mène un atelier « boite mail » pour six personnes.
Cet atelier se développe sur deux sessions et aujourd'hui, c'est la première partie. Elle consiste à comprendre comment créer une boite mail.

Voici quelques bribes des échanges qui ont eu lieu durant cette initiation.



Une fois que les participants ont découvert comment créer une boite mail et qu'ils ont ouvert la leur, apparaît le menu sur la partie gauche. C'est l'occasion pour eux de comprendre ce que l'on nomme les « courriers indésirables » : les spams.
Christelle : « Les anti-spam c'est un peu comme les videurs à l'entrée d'une boite de nuit. »

On apprend  au détour d'une conversation qu'une usagère du Cybercentre refuse d'avoir un accès Internet chez elle par peur de devenir addict, alors elle vient au Cybercentre, le seul endroit où elle peut consulter ses mails (fait-elle partie des 1,7 millions de Français déconnectés volontaires dont me parle Laurent, second animateur du Cybercentre ?).

Un participant : « La taille du message, ça veut dire quoi ? Ça nous sert à quoi de connaître le poids des messages ? »
Christelle : « Vous serez limité en poids dans votre boite mail. »
On découvre ensuite les modalités de rédaction des mails (écrire dans l'en-tête du mail, en bas du mail, au milieu …), les destinataires, l'envoi de mails.
Il faut faire attention de ne pas transmettre les adresses mails à n'importe qui.
Christelle : « Parfois dans un mail on peut recevoir 500 adresses mails en copie ! Et ça se monnaye. C'est comme ça qu'on reçoit de la publicité via des mails indésirables. »
On passe enfin au carnet d'adresses pour enregistrer ses contacts.
Christelle : « En quittant l'atelier, n'oubliez pas de vous déconnecter, pour éviter que quelqu'un d'autre ait accès à vos mails, car vous êtes dans un lieu public. »
L'atelier se termine sur cette mise en garde rapide qui laisse entrevoir les premières questions liées à la vie privée sur Internet.


Où sommes-nous ?

En périphérie de Pouzauges, ville d'un peu plus de 5000 habitants située dans le département de la Vendée, en Pays de la Loire. Pouzauges est la 6ème ville en France à avoir utilisé l'électricité au vingtième siècle, ce qui n'est pas rien. Voilà pour la tranche historique succincte.



Le Cybercentre, lui, a ouvert ses portes en 2002 au sein de la Communauté de Communes du Pays de Pouzauges. C'est un donc un service et un lieu né de la coopération des 13 communes du Pays de Pouzauges. Sa mission était de permettre à la population locale d'accéder aux technologies de l'information et de la communication, de réduire la fracture numérique.
Fin 2012, les services de la Communauté de Communes ont déménagé à la Maison de l'Intercommunalité du Pays de Pouzauges, et le cybercentre avec.
C'est un bâtiment neuf, situé en périphérie de la commune de Pouzauges.
Le nouveau Cybercentre y occupe 70 m2, il est moderne, agréable, lumineux. 8 postes sont accessibles dans l'espace atelier ce qui peut sembler peu dans certaines situations comme les temps d'accueil du public pour les initiations par exemple. Du côté de l'espace d'accueil, un poste fixe et deux portables font l'appoint pour l'accès libre.

La Communauté de Communes a un aussi un Espace Emploi au sein de sa maison de l'intercommunalité. La salle est équipée de 4 postes en libre accès. Ils sont dédiés exclusivement aux recherches d'emploi. Le service Emploi accueille le public et lui fournit un accompagnement individuel. La recherche d'emploi et la création de CV ne sont donc pas assurées par les animateurs du Cybercentre. Cependant, il arrive régulièrement que la salle d'ateliers du Cybercentre soit utilisée pour un accompagnement de groupe de l'Espace Emploi, le lieu étant plus propice.
L’Espace Public Numérique travaillant en transversalité avec d'autres services, sa salle atelier est parfois mis à leur disposition, par exemple pour les formations internes des agents ou celle des bibliothécaires du Pays de Pouzauges.


Qui fait quoi ?

Christelle et Laurent sont salariés : Christelle est à 90 % par choix, et Laurent est à plein temps.

Au sein du Cybercentre, Christelle et Laurent proposent essentiellement des ateliers pratiques, de découverte ou d'initiation à l'informatique.
Les cycles d'initiations s'étalent sur six semaines à raison d'une séance de 2 heures par semaine.  On vient pour y apprendre les bases : maîtrise de la souris, découverte de l'ordinateur, utilisation du clavier, recherche sur Internet, découverte du courrier électronique en deux séances …  
Les deux animateurs proposent également des ateliers thématiques, d'un niveau plus avancé, permettant à chacun de découvrir un service web, apprendre une technique ou savoir utiliser un logiciel en particulier. Quelques exemples d'ateliers de ce type : « spécial pièce-jointe », découverte de Windows 10, FAQ, utilisation de Gimp, etc.
Des ateliers de créations numériques ont aussi lieu pendant les vacances scolaires à l'attention des jeunes : effets spéciaux, relooking virtuel, réalisation d'un court-métrage, etc.
Des soirées sont proposées sur des axes plus alternatifs, comme récemment sur les logiciels libres … et dans un esprit proche, des FAQ (Foire Aux Questions) sur des sujets propices au débat et à l'échange. La dernière ayant eu lieu portait sur les réseaux sans fils.



Enfin, il arrive que Christelle et Laurent aient des commandes pour des ateliers. Cela a été le cas, par exemple, pour le club des chefs d'entreprises qui souhaitaient être initiés aux réseaux sociaux. Il existe également le Program'Asso qui permet un accompagnement des associations ; par exemple pour gérer leur communication ou aider les bénévoles à utiliser des outils bureautiques.

En plus d'assurer des animations, Christelle occupe beaucoup de son temps à la communication pour promouvoir le Cybercentre : flyers, affiches, réseaux sociaux…
Laurent quant à lui a deux casquettes : animateur du Cybercentre et correspondant informatique pour la Communauté de Communes ; il assure le lien entre la Communauté de Communes et les prestataires informatiques : collecte des problèmes techniques, suivi, maintenance et dépannage informatique d'urgence… Ce poste de correspondant informatique est chronophage.
Généralistes mais pas spécialistes, Christelle et Laurent sont souvent identifiés à leurs dépends comme étant les techniciens de la Maison de l'Intercommunalité : service informatique, service audiovisuel.


Pour quel public ?

Le public fréquentant le Cybercentre est essentiellement composé de seniors sur les périodes scolaires et de jeunes pendant les vacances.
Le public d'actifs vient au cybercentre plutôt le mardi soir, sur les ateliers thématiques (réseaux sociaux, bureautique).
La typologie des participants est de :
- 20 % de moins de 25 ans,
- 36 % pour la tranche 25 à 60 ans
- et 44 % de plus de 60 ans dont 45 % de retraités.

Il y a une demande ininterrompue pour l'initiation à l'informatique. Il y a déjà eu des tentatives pour proposer des contenus plus élaborés mais la fréquentation était en baisse. Finalement, la population est en demande de fondamentaux.
Le Cybercentre devait définir une offre en direction des jeunes, mais c'est un public difficile à capter, notamment par méconnaissance, à cause de la situation géographique du lieu et du rythme imposé par la scolarité.
En tout cas, les usagers adultes participant aux ateliers sont reconnaissants de l’existence de ce service qui n'existe quasiment pas sur les Communautés de Communes environnantes.
De la part des animateurs du Cybercentre, il y a une envie de transmettre, de partage, d'aider. Animateur multimédia, c'est plutôt une vocation.
« Il y a une dimension sociale importante, si c'était plus commercial on serait moins enjoué. »

Les usagers souhaitent généralement des informations pour participer à un atelier, démarrer un cycle d'initiation. D'autres viennent simplement pour profiter des postes mis à disposition ou se connecter en Wi-Fi.
Le premier contact se fait généralement par téléphone, parfois, c'est directement en étant à la Maison de l'Intercommunalité pour une autre raison.

Un usager peut aussi s'inscrire à la lettre d'information. Actuellement, il y a 300 abonnés, on en comptait 404 en 2015 pour 1600 visites du cybercentre par an.
« On remarque qu'il y a moins de personnes pour les accès libres, et plus pour les ateliers. »




Quel message faire passer au réseau de professionnel de la médiation numérique ?

Les animateurs :

"On entend souvent : « les cybers c'est obsolète ! », alors qu'on voit toujours des gens qui n'ont jamais touché de souris de leur vie. Ils veulent apprendre à se servir d'un ordinateur : on a encore besoin de nous !
Nous sommes un Service Public, nous nous ajustons d'abord aux missions que nous donnent les élus. Ils sont les représentants de la population.
Certains médiateurs numériques estiment que les cours débutants ne sont plus nécessaires. Nous pensons que c'est plus une question de lassitude de leur part qu'un réel manque de besoins émanant du territoire. Dans ce cas, si un animateur est lassé des activités d'initiation, il n'a que peu de solutions : soit faire évoluer les activités du cybercentre, ce qui peut l'amener à négliger les besoins du public, soit laisser sa place à quelqu'un qui souhaite reprendre le flambeau.
Le fablab par exemple, n'est-ce pas une mode passagère ?
Les retours des collègues à ce sujet sont plutôt modestes ; il y aurait plus souvent des temps de réparation que des temps de pratique ou de réalisation concrète. Amener ou promouvoir la culture numérique fait partie de nos missions, mais nous ne sommes pas suffisamment formés à ces nouveautés.
Ici à Pouzauges, il y a déjà deux imprimantes 3D dans le collège, donc pourquoi nous en prendrions une de plus ici ?
Ici on préfère des choses plus simples et plus accessibles tel que le spirograff (mini-robot dessinateur) et Scratch (logiciel pour apprendre la programmation aux enfants).
On aimerait bien savoir ce que les confrères vivent au quotidien ! Comment c'est ailleurs ?"


Quel message souhaiteriez-vous faire passer aux décideurs ?

Les animateurs :
"Nous avons besoin de plus de soutiens et de reconnaissance dans les métiers de l'animation.
On nous renvoie parfois que l'informatique est partout, ce qui laisse à penser que l'on pourrait se dispenser des EPN. Ce à quoi nous répondons que ces derniers sont aussi indispensables que les écoles pour ce qui est de l'alphabétisation numérique des citoyens.
Il faut accompagner les élus sur ces dimensions-là.
Nous réalisons à quel point parfois les étapes sont brûlées. Par exemple, pour les télédéclarations : qui accompagne les personnes qui n'ont pas les moyens de le faire par eux même ? Les outils sont accessibles mais la médiation n'est pas là ! Il y a quand même des démarches à entreprendre comme les inscriptions en ligne, déclaration en ligne, etc. Si ces actes-là sont négligés, et la médiation que l'on pense indispensable également, alors cela peut accentuer fortement les inégalités sociales."