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Immersion en espace numérique : Pays du Meslay-Grez

Portraits
En décembre dernier, Thomas est allé découvrir l'espace numérique du Meslay du Maine en Mayenne : récit d'une journée d'immersion.

SUR LE TERRAIN

Parenthèse Historique de la commune
Aux 18ème et 19ème siècle, Meslay-du-Maine est un haut lieu de la chouanerie, grand mouvement de révolte populaire dans l'ouest de la France, essentiellement contre la République alors nouvellement constituée. Puis pendant la seconde guerre mondiale, Meslay-du-Maine accueille un camp de prisonniers allemands, souvent des personnalités : artistes, intellectuels, hommes d'affaires, musiciens tel que Marcel Rubin, qui seront libérés ou déplacés en juin 1940.
Bien plus tard, en 2004, le Pays du Maine Angevin et les Communautés de Communes de Meslay du  Maine et de Grez en Bouère fusionnent pour donner naissance à la Communauté de Communes du Pays de Meslay-Grez, une démarche plutôt précurseur à ce moment là au niveau national.

L'Espace Public Numérique
L'espace multimédia du Pays de Meslay-Grez c'est une salle de 50 m², avec deux rosaces, chacune équipée de quatre postes informatiques sous Windows. Ces rosaces fonctionnent bien, surtout en terme de convivialité entre les utilisateurs. Au mur, un écran hybride, à la fois numérique et Welleda sur lequel sont projetés les cours et exemples présentés par Nelly et Arnaud, les animateurs. À l'extérieur, dans le couloir principal, deux postes informatiques restent accessibles en permanence même en dehors des horaires d'ouverture de l'espace multimédia. L'EPN ne dispose pas spécifiquement de labels hormis celui de Maison de Services au Public concernant l'ensemble de la structure.




PLONGÉE DANS LE QUOTIDIEN DU LIEU

Ce matin de décembre, l'atelier est complet, tous les postes sont occupés par des personnes qui ont entre 50 et 70 ans : Roselyne, Yolaine, Bernard, etc.
Nelly et Arnaud, les deux animateurs, proposent un temps de conseil pour acheter du nouveau matériel, Noël arrive à grands pas. Besoins, budgets, évolutions de son ordinateur sans forcément en acheter un neuf… tout est passé en revue :
« Il faut déjà bien estimer vos besoins, ça ne sert à rien d'avoir une Rolls-Royce ».
« Quand on a des problèmes de vue, il faut faire attention à la taille de l'écran, 15 pouces (soit 38 cm) étant un minimum à conseiller. »
« Il faut penser à acheter un disque dur externe pour sauvegarder ».



Nelly reprend la main pour la suite, plus axée bureautique, non sans un certain punch et une bonne dose d'humour. On démarre : « Cliquez sur système C ». Puis on ouvre un fichier et on met en page un texte de façon plutôt simple dans un premier temps en créant des espaces entre les mots. Pour se libérer d'un mauvais pas, quand on fait une erreur, Nelly conseille d'utiliser « la marche arrière » soit le CTRL+Z. Elle préconise également l'utilisation du « mouchard », le fameux P à l'envers, pour afficher les caractères non imprimables et percevoir où il y a trop d'espaces par exemple. Et puis il faut justifier le texte, le mettre en page.

On passe enfin à l'utilisation d'Internet. « Roselyne, vous allez sur Internet ? Si vous êtes en panne venez chez nous, des naufragés d'Internet, on en accueille en quantité. Quand vous êtes en panne, ne restez pas une semaine, sans Internet ! ».
Après l'atelier, et comme c'est bientôt Noël, les participants (qui semblent d'être des fidèles) ne manquent pas d'offrir son lot de cadeaux à Nelly, particulièrement émue devant tant de considération.




DIALOGUE AVEC NELLY HAUTBOIS-CAESTECKER ANIMATRICE MULTIMÉDIA

Pouvez-vous nous dire où nous nous trouvons ?
« Nous nous trouvons dans une Maison de Services au Public. C'est la nouvelle appellation des Relais Services Publics (RSP) qui existent depuis 2007. Nous étions un des premiers RSP en France à ce moment là. C'est un espace de services et d'informations concentré au niveau intercommunal. Nous avons des partenaires sur différents secteurs d'activités (Pôle Emploi, Mission Locale, Caf, CPAM) .
En 2009, alors que nous devions être relogés dans un nouveau bâtiment, cela nous a paru inapproprié de construire une nouvelle infrastructure sans y intégrer d'espace multimédia. Aujourd'hui la partie numérique est devenue un secteur important de la maison de services aux publics, pour des activités administratives telle que la recherche d'emploi par exemple ou la demande de prime d'activité. Il y a beaucoup de choses qui se font par Internet et l'espace multimédia est là pour accompagner tout type de public dans ce type de démarche. Le parc informatique a été entièrement changé en 2015.»

Quelles activités sont proposées ici et qui les animent ?
« Les ateliers que l'on propose sont accessibles à huit personnes maximum, ils sont déclinés en quatre thématiques : débuter, progresser, pratiquer, comprendre. Ces ateliers sont animés par Arnaud et moi dans l'espace multimédia qui est ouvert 35h par semaine ! On les propose alternativement en journée, et en soirée.
Le cycle débutant ne s’essouffle pas à ma grande surprise. On y retrouve ce que j'appelle les vrais et les faux débutants, ceux qui reviennent pour affiner leur savoir. L'atelier débutant permet d'acquérir à la fois les bases en informatique et aussi quelques notions plus culturelles comme l'omniprésence de Google. On essaie de construire un esprit un tant soit peu critique : cela nous paraît d'une importance majeure pour un public venant sur le tard au numérique, même si le public jeune n'est pas au point forcément sur ces questions.
L'atelier « démarche administrative » fonctionne bien également. C'est un accompagnement en groupe aux démarches administratives en ligne, une découverte des services en ligne et des modalités d'utilisation, avec un focus sur le site https://www.service-public.fr/.
Personnellement, je suis également en charge des affaires sociales pour la communauté de communes, notamment dans le cadre de la maison de services public. La répartition de mon temps de travail entre ces deux pôles est plutôt saisonnier, mais dans l'ensemble c'est de l'ordre du 50 % de mon temps de travail pour les affaires sociales et 50 % pour la MSAP, parmi lequel il faut comptabiliser l'espace multimédia. Arnaud, quant à lui est aussi chargé de communication. C'est lui qui travaille sur toute la communication de la communauté de communes sous l’œil bienveillant de Didier Laurent, son responsable pour ce secteur.»

Quelles seraient votre ou vos spécialités ?
« On manque cruellement de temps ici à la vue de notre polyvalence à tous les deux. On reste donc sur une offre de formation basique. Nous n'avons pas d'expertise technique actuellement à proposer.
Arnaud serait intéressé pour développer la production de films avec les utilisateurs de l'espace multimédia, mais c'est le temps encore qui manque. Difficile d'en faire plus, on ne peut donc pas vraiment dire que nous avons des spécialités. Notre spécialité serait peut-être dans la transmission des fondamentaux en informatique, comme dans beaucoup d'espaces publics numériques. »

Qui sont les usagers du lieu ?
« Ceux qui viennent en accès libre sont de tous âges, de toutes classes sociales. Le public s'est diversifié depuis 2009, alors qu'il était auparavant, constitué majoritairement de personnes en difficulté. Pour les ateliers nous sommes sur une fourchette de 40 à 80 ans.
Cela dépend aussi de l'horaire de l'atelier : en soirée, les personnes plus âgées ne ressortent pas. Il y a autant de femmes que d'hommes. Les jeunes aussi fréquentent l'espace multimédia par le biais de la mission locale qui a une permanence au pôle intercommunal deux jours et demi par semaine. »

Quel message à faire passer au réseau de professionnels ?
« On peut avoir des projets avec peu de moyens, on peut faire plein de choses pour accompagner les gens. Il faut continuer à être audacieux. C'est important aussi de mettre en ligne des ressources que l'on puisse partager au sein du réseau, faire un effort de mutualisation comme le cybercentre de Guérande par exemple. C'est une chance d'être dédié à son espace multimédia. Il faut savoir se rendre indispensable. »

Quel message à faire passer aux décideurs ?
« Il ne faut pas sous estimer l'importance du numérique pour le développement du territoire. Le numérique permet de développer les collectivités, on pense à l'installation de la fibre par exemple, mais il faut aussi accompagner les populations sur les usages. Soutenir les travailleurs de la médiation. Il est à noter enfin qu'il y a peu d'espace public numérique sur la Mayenne. Nous avons parfois des personnes qui viennent depuis Laval jusqu'à chez nous pour utiliser un traitement de texte ! »