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Immersion en espace numérique : La Laverie à la Ferté Bernard

Portraits
Immersion dans l'espace culturel de La Laverie qui abrite un espace public numérique animé par Julien et Dominique. Un récit de Thomas Bernardi, envoyé spécial à la Ferté-Bernard.

SUR LE TERRAIN

Parenthèse Historique de la commune
Bienvenue dans la Venise de l'Ouest, irriguée de nombreux cours d'eau dont la Même et l'Huisne avec sa bête légendaire, la Velue, qui terrorisa nombre paysans au quatorzième siècle. C'est dans ce patrimoine du nord-est de la région Pays de la Loire que La Laverie s'est établie. Et non, la Laverie n'est pas ce lieu dans lequel on vient laver ses draps comme me l'a gentiment indiqué un monsieur à la sortie du train, persuadé de m'indiquer la bonne route, mais un centre culturel situé à quarante minutes du Mans, à la frontière de plusieurs territoires et disciplines.

  

L'Espace Public Numérique
Le centre culturel est constitué d'une nef centrale où se tiennent les expositions puis des salles de part et d'autres de cette pièce principale. L'espace numérique est situé à l'intérieur de la Laverie, tout au fond de la salle d'exposition qu'il faut traverser pour pouvoir y accéder.
Une fois dans l'espace numérique, on constate que ce dernier se divise à nouveau en trois petites pièces: un grand espace numérique équipé de six postes informatiques, une salle de formation et un fablab en devenir équipé de deux imprimantes 3D.

Immersion dans le quotidien du lieu
Dominique anime un atelier pour comprendre les rouages de l'acquisition de photos depuis  des appareils numériques. Six personnes y assistent. Les manipulations sont simples mais efficaces : importation des fichiers depuis les appareils photos et stockage sur les disques durs, utilisation d'un logiciel de diaporama et de gestion de contenus qui permet de parcourir le stock de photos, mois par mois ou album par album. La qualité des images est au rendez-vous et les participants paraissent ébahis. Ils trouvent à priori ce qu'ils sont venus chercher moyennant un tarif d'accès à l’atelier de 3€ par personne.
Pendant ce temps Julien donne un cours, très lié à celui de Dominique, sur la photographie, pour sept personnes, avec au menu cadrage de champignons, sur-exposition de galle de chêne, flou sur étang, toute une palette de techniques pour apprendre la photo numérique.
Puis, dans un grand tohu-bohu, une classe de collégiens débarque pour visiter l'exposition en cours à la Laverie. Il s'agit de l'artiste Frédérique Petit qui travaille à partir de la broderie. Les collégiens sont trop surexcités pour apprécier le détail des ces ornements orientalisant, mais cela les apaise un peu dans la durée.



On enchaîne avec un atelier traitement de texte par Dominique encore, les bases, les fondations, insertion d'images, etc. Trois personnes y participent :« J'ai voulu installer une imprimante sur mon Windows 10, j'ai inséré le CD, mais c'est plein de trucs, alors j'attends que mon fils revienne pour m'expliquer, j'ai fait machine arrière » Dominique lui propose alors d'installer les bons drivers mais la dame préfère ne pas faire ce genre de manipulations seule chez elle, elle attendra le retour de son fiston.
L'atelier de Julien se termine lui aussi et y succède un second atelier sur la photographie avec six participants à nouveau.
Un monsieur vient également pour travailler en autonomie sur du montage vidéo, on le voit dans le film, en train de bricoler du mobilier à partir d'éléments de récupération. Un tutoriel vidéo qui a sûrement vocation à être partagé sur Internet...



DIALOGUE AVEC DOMINIQUE PETIT ET JULIEN RULLIER

Pouvez-vous nous dire où nous nous trouvons ?
« On se trouve au centre culturel de la Laverie de la Ferté-Bernard. Un bâtiment construit à l'emplacement de la laverie de l'ancien hôpital de la ville : c'est de là qu'il tire son nom. C'est aussi pour cette raison que, régulièrement, des étourdis y amènent leur bac à linge ou leur couette, lançant à la cantonade « je passe la récupérer à quelle heure ? ». Bien entendu c'est de culture et d'art qu'il est question ici depuis 1999, année à laquelle la Laverie ouvre ses portes, sous la houlette de l'artiste Francis Berthault. On y développe, dans un premier temps, des ateliers de peintures et de poteries à destination des artistes en herbe et des amateurs. Puis la dynamique se structure et une association est créée en 2000, et au même moment le numérique y fait ses premiers pas avec le Cybercentre.
C'est alors une période d'euphorie. La Laverie bénéficie très rapidement d'une connexion haut-débit grâce à sa proximité avec la zone industrielle de la ville et c'est la ruée vers le net ! La Laverie compte jusqu'à 750 adhérents qui viennent y découvrir ce qu'est internet, quitte à attendre leur tour dans la file pour accéder à un poste.
En juin 2004, à Tuffé, une ville de 1500 habitants à 18 km de la Ferté, un second espace numérique est ouvert, animé par la Laverie, dans un environnement très rural.
Aujourd'hui, Francis Berthault a quitté le projet depuis plusieurs années mais les divers ateliers de pratiques artistiques perdurent. La Laverie travaille sur un nouveau projet d'association qui devrait être validé très prochainement et qui concilie les dimensions artistiques et numériques qui nous sont chères. Une nouvelle dynamique qui devrait permettre d'accueillir, dans les mois à venir, des artistes en résidence qui travaillent avec le numérique. »



Quelles activités sont proposées ici et qui les anime ?
« Il y a une partie pédagogique qui repose essentiellement sur les ateliers de pratiques artistiques, en place depuis 1999 comme on l'a vu, et puis dans le cadre de l'espace numérique qui est également un lieu de transmissions. Ce dernier n'est d'ailleurs plus labellisé, après avoir été Cybercentre, ERN, etc. je crois qu'actuellement nous sommes exempts de tout label.
L'activité de la galerie est également très importante pour la Laverie, des expositions d'art contemporain y sont sans cesse présentées, depuis 15 ans.

« Les expositions sont régulièrement visitées, par des groupes de scolaires aussi, mais ce que l'on cherche à créer aujourd'hui avec ce nouveau projet associatif, c'est en quelque sorte d'officialiser les relations entre pratiques artistiques et pratiques numériques. Qu'il y ait une porosité entre ces deux domaines. Même si actuellement des abonnés de l'espace numérique peuvent se retrouver à visiter les expositions que l'on propose, tout cela se fait de façon tacite. Nous essayons de clarifier nos intentions à cet endroit. »

Julien qui est à l'initiative du cybercentre de la Laverie et qui recentre son activité sur la partie artistique du lieu, est toujours sur le terrain côté animation, aux côtés de Dominique dans l'espace numérique, mais aussi dans le cadre d'initiatives plus originales comme l'atelier Questions Réponses Sur Le Numérique :
« C'est un temps d'échange qui a lieu tous les mardis de 11h à 12h et qui est co-animé par une poignée d'adhérents depuis une dizaine d'années. Durant une heure, la quinzaine de curieux qui participent peut alors échanger à loisir sur des questions techniques et culturelles à propos des technologies. Il y a une dimension discussion de comptoir, c'est très convivial et on y apprend beaucoup, sans prétention et dans l'entraide. »

« L'espace numérique est toujours très fréquenté, même pour les parcours découvertes qui ne désemplissent pas. Il y a toujours des personnes qui viennent nous trouver avec comme excuse « mes enfants m'ont acheté un ordinateur ou une tablette, comment ça marche ? ». Bien entendu, les pratiques évoluent et nous avons aussi de plus en plus de demandes sur les tablettes et les smartphones. Il y a également la numérisation de support, comme des films ou des diapositives par exemple, mais généralement les personnes intéressées font ça en autonomie, car on manque de ressources humaines pour assurer toutes les activités. »

« Il y a aussi les gens qui viennent nous trouver pour des conseils dans l'achat de matériel, ils nous font confiance, ils se disent que l'on est suffisamment neutres pour les conseiller correctement. Parfois, quelqu'un vient nous trouver pour résoudre ses problèmes de téléphonie mobile : son téléphone est verrouillé ou rendu inutilisable à cause d'une mauvaises manip'. Ce qui se déroule alors c'est que pendant dix minutes, on se fait passer pour le neveu ou le cousin qui appelle l'opérateur et tente de résoudre le problème, on a l'impression de faire partie de la famille ! Ça crée un lien évident avec les adhérents »

« Ah oui, il y aussi les formations que l'on donne, pour la chambre d'agriculture par exemple, sur les objets connectés. Ça fournit des billes sur le reste des activités, et permet de s'intéresser à des outils professionnels. »



Quelles seraient votre ou vos spécialités à la Laverie ?
« La Laverie est une des rares salles pluridisciplinaire dans la Sarthe, mêlant galerie et ateliers. Dans le réseau Parcours Numériques sa dimension de Centre d'art contemporain est vraiment spécifique il me semble. On y programme des artistes parfois d'envergure nationale ou internationale. Des écoles viennent pour voir les expositions, avec une médiation de la part de l'artiste. Parfois, des ateliers sont même animés par les artistes exposants.
Le nouveau projet qui mêle ateliers numériques et intervention d'artistes numériques est aussi vraiment spécifique au lieu, il y a toujours eu une sensibilité artistique et un fort intérêt pour le numérique. »

Qui sont les usagers du lieu ?
« Il y a plus de 200 abonnés de 6 ans à 87 ans. Un public scolaire pour les visites d'expositions, un jeune public fréquente les atelier d'artistes. Pour l'espace numérique, ce sont plutôt des personnes âgées. Il y a une volonté de développer des ateliers axés bricolage pour capter des plus jeunes. Nous souhaitons éviter un rapport consumériste à la technologie, que l'on perçoit pourtant toujours plus présent : pour un collégien aujourd'hui l'art c'est l'iphone 7 !
C'est aussi le rendez-vous de quelques personnes plus âgées, pour qui la Laverie à un rôle de lien social qui leur permet de se retrouver une fois à la retraite. La plupart d'entre eux ont fait leur carrière à la SOCOPA, grande entreprise locale, ils se retrouvent donc ici maintenant. La plupart des anciens qui fréquentent le lieu n'ont pas envie de s’encroûter, la technologie les rend fier, ils ont l'impression d'être dans le coup en venant apprendre les nouvelles technologies.
Ça nous arrive enfin d'avoir des vacanciers qui viennent de la capitale et qui croient débarquer au fin fond de la campagne quant ils arrivent ici ! On en a même vu arriver avec leurs bottes, persuadés que les routes ne seraient pas goudronnées à la Ferté ! »  »



Quel message à faire passer au réseau de professionnels ?
« Si vous arrivez à organiser des ateliers Questions Réponses Sur Le Numérique, vous obtiendrez de la part de vos adhérents, des champignons, du vin, des chocolats, des plantes … ! Non, sans plaisanter, je pense qu'il faut bien appréhender son public et garder un socle de personnes fidèles au lieu et au projet, condition sine qua none pour s'assurer qu'il y ait toujours un public dans son lieu. »

« Toutes les productions des ateliers sont exposées dans la Laverie. C'est aussi très important pour valoriser les utilisateurs du lieu ! Il faut arriver à se dégager du temps pour collaborer avec d'autres structures pour croiser les compétences et savoir-faire. »

« Il faut aussi savoir se rendre indispensable sur certaines choses pour avoir certaines clés, ça permet d'exister. »

Quel message à faire passer aux décideurs ?
« Dans l'ensemble, nous sommes plutôt soutenus par les élus, continuez à nous faire confiance ! La dimension culturelle est une priorité pour la communauté de communes mais il faut savoir valoriser et expliciter auprès des différents élus. »