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Immersion en espace numérique : CSC Allée Verte

Portraits
Cette sixième immersion en Espace Public Numérique nous a conduis le 13 mai 2016 à l'espace de Saint-Sébastien-sur-Loire, situé au coeur du Centre Socioculturel de l'Allée Verte. Nous sommes accueillis par Olivier Ligot, directeur adjoint du CSC et référent des 16-25 ans.

HISTORIQUE ET FONCTIONNEMENT DU LIEU

Ouvert dans les années 80, l'Allée Verte est ce que l'on peut appeler un « historique » parmi les centres sociaux-culturels de l'agglomération Nantaise. Très actif, le CSC compte aujourd'hui plusieurs centaines d'adhérents. Ils bénéficient des nombreuses activités proposées dans les quatre secteurs d'activités actuellement développés par le lieu : « bien-être et loisir », « réseau de solidarité et lien social », « enfance jeunesse et famille » et « nouvelles technologies ».



Tous les quatre ans, le CSC élabore un nouveau projet social qui doit être validé par la Caisse Nationale d'Allocation Familiale. Ce projet social, construit avec les habitants des trois quartiers couverts par l'Allée Verte, vise à mettre en avant les enjeux et besoins qui semblent primordiaux sur le terrain. Concernant le numérique et les TICs en général, il ressort de ces diagnostics un réel besoin de combler la fracture numérique dans ces quartiers à la population plutôt vieillissante.

S'inspirant de l'empowerment nord américain et des valeurs de l'éducation populaire, le CSC place le pouvoir d'agir des habitants au coeur de ses actions. Récemment, des habitants ont par exemple exprimé leur inquiétude face aux compteurs Linky bientôt installés dans la ville : le CSC va donc les accompagner dans la mise en place de temps d'échange citoyens à ce sujet.

Concernant les ressources humaines, 18 salariés (11 équivalent temps-plein) s'activent du lundi au samedi au CSC. En effet la structure gère deux lieux simultanément : le centre socioculturel lui-même et l'espace jeune situé tout à côté. L'animateur Christophe Gillereau consacre 60% de temps de travail à la partie multimédia. C'est avec lui que nous poursuivons cette immersion.


OBSERVATIONS SUR LE TERRAIN

Christophe propose un module informatique pour les débutants dont le contenu est construit en fonction des besoins des participants : ce matin là, il est consacré à la prise en main de la tablette.
D'habitude il y a une dizaine de participants mais comme la plupart sont des retraités et qu'aux alentours du mois de mai ces derniers partent en vacances, l'atelier d'aujourd'hui est moins fréquenté : quatre personnes seulement sont présentes. Une des participantes avoue ne pas en avoir dormi de la nuit, trop stressée qu'elle était de se confronter à cette tablette qui lui demande trop de choses.



Extraits choisis de l'atelier :
Christophe Gillereau : « Tout d'abord, on se connecte à un réseau wifi, on voit qu'il y a plusieurs petits rayons à un arc pour le niveau de connexion ».
Participante 1 : « Si on est en zone blanche on peut pas »
Participante 2 : « Y en a des gratuits ? »
CG : « Dans les gares, à l'hôtel, souvent c'est gratuit »
Participante 3 : « Quand c'est sécurisé on ne peut pas y aller ? Quand on est dans un camping car, on ne peut pas s'y connecter ? »
CG : « Il faut un mot de passe pour pouvoir vous y connecter ! Il vous faut une clé 3G si vous voulez vous connecter lors de vos déplacements, ou alors en utilisant le réseau freewifi qui laisse l'accès possible à d'autres  »
P3 : « C'est pas dangereux ça ? »
CG : « De quoi ? Les ondes ? Si ! »
P3 : « Non, le fait de laisser son wifi ouvert ? »
CG : « Ne t'inquiète pas avec ça »

Pouvoir se connecter partout lors des déplacements en camping car semble être un intérêt fort pour les participantes.

P3 : « Moi c'est pour regarder la TV »
P2 : « Sinon c'est quoi l'intérêt ? Des jeux ? »
(…)
P2 : « Pourquoi il y a tant d'applications qui sont inutiles ? Ça doit bouffer de la batterie tout ça ».
CG : « Tu n'es pas obligée de télécharger toutes les applications, ni d'accepter toutes les conditions imposées par les applications lors de leurs téléchargement. On peut utiliser le bouton 'ignorer' si on ne souhaite pas que l'application nous géolocalise par exemple ou si on ne veut pas renseigner nos coordonnées bancaires, etc. »
(…)
CG : « Votre tablette peut vous géolocaliser, ça vous permet d'être localisable. Dans le cas ou tu veux installer une application GPS, il est nécessaire d'activer la géolocalisation. »
(…)
P3 : « Celui qui a inventé ça, doit être archi-milliardaire ! »
(…)
P2 : «Nous on se pose trop de questions, les jeunes beaucoup moins, on est trop logiques ! »

L'atelier se poursuit jusqu'à midi passé et fait surgir quelques questions qui donnent envie aux participantes de prolonger ce temps de découverte. Un rendez-vous est à nouveau fixé pour savoir comment enlever la publicité sur Internet, naviguer sur Internet, gérer les messages indésirables qui arrivent dans sa boîte mail, etc.

Après le déjeuner : séance collage d'autocollants sur une banderole pour la fête de quartier.    



Puis c'est l'atelier d'entraide, fréquenté habituellement par des jeunes assez investis et qui prennent souvent l'initiative d'expliquer aux plus anciens. Aujourd'hui c'est une dame qui arrive en premier, elle a achetée un appareil photo et cherche … un mode d'emploi. Christophe se prête au jeu. Puis un monsieur arrive, c'est lui qui a conseillé madame pour l'achat de son nouvel appareil. À priori, c'est le même, mais dans une version nouvelle, avec plus d'options.
Une troisième personne arrive pour un soutien technique sur son ordinateur. Elle se demande combien de fois elle doit sauvegarder ses données. Une fois par an ? Une fois tous les deux mois ? Cela fait terriblement écho à ce qui m'est arrivé il y a deux jours : après une chute, le disque dur de mon ordinateur ne fonctionne plus … et la dernière sauvegarde d'il y a un mois m'a paru bien lointaine, alors un an … !
Au bout d'un certain temps, deux jeunes garçons arrivent enfin pour épauler les débutants.



    

INTERVIEW DE L'ANIMATEUR CHRISTOPHE GILLEREAU

Pouvez-vous nous décrire où nous sommes ?
Nous nous trouvons dans l'espace multimédia du Centre Socioculturel de l'Allée Verte à Saint-Sébastien, ville de 25000 habitants, dans le quartier de la Profondine. Un quartier en voie de paupérisation (défini lors d'une étude socioprofessionnelle de la ville), vieillissant, où se trouvent beaucoup de familles monoparentales mais aussi de nouveaux logements plus aisés. Le second CSC de la ville dispose également d'un espace numérique mais il est très peu mobilisé, du matériel y est présent mais sans personne pour animer l'espace. Le CSC Allée Verte dispose de cette salle multimédia pour les activités liées au numérique, mais l'espace jeune accueille aussi des ateliers autour du numérique. Il faut alors y emmener le matériel car l'espace jeune n'est pas équipé.

Qui fait quoi au sein de la structure ?
Je suis le seul animateur multimédia dans la structure. 60 % de mon temps se concentre sur les activités multimédia, le reste à de la communication et à la maintenance informatique du CSC. Je suis en CDI à temps plein dans la structure depuis 10 ans.
Voici comment se déroule une semaine type :
- le lundi c'est l'atelier multimédia avec un groupe qui est suivi toute l'année sur un sujet, par exemple une année nous avons réalisé un livre photo numérique de A à Z.
- les mardis soirs il y a des modules de 2h30 sur des thèmes précis plus à destination de personnes déjà aguerries.
- le mercredi plutôt pour les jeunes.
- le jeudi c'est de la préparation et d'autres activités comme la communication, etc.
- le vendredi matin des modules à nouveau et l'après midi c'est libre accès avec l'entraide informatique.
Le samedi c'est mon collègue Alain qui prend le relais et m'épaule sur les ateliers vidéos.
Je m'occupe également de notre événement annuel « Le multimédia pour tous », co-organisé avec les bénévoles intéressés par la thématique, aux alentours de février ou mar. C'est un temps qui permet à notre public de se questionner sur le rapport aux ordinateurs. En effet, nous sommes passés d'un temps de présence de l'ordinateur concentré dans le cadre de travail à une omniprésence dans le cadre familial et privé.
Chaque année l'événement est développé autour de thématiques différentes comme l'obsolescence il y a deux ans, le libre ou encore le cloud cette année. Tout cela prend plutôt la forme d'échanges, de jeux.
Il y a également des « ateliers d'échange parents », ponctuels, sur des sujets liés au numérique, aux réseau sociaux, etc. Ce sont des temps gérés et co-animé par Patrice, un autre collègue.

Quel est votre public ?
Ce sont principalement – à 85 % – des seniors qui viennent. Des retraités ou des personnes qui préparent leurs retraites et qui n'ont pas envie d'être « largués ».
Par ailleurs, la CAF nous a donné les agréments ALSH (Accueil Loisir Sans Hébergement) et AJSH (Accueil Jeunesse Sans Hébergement). En ce sens, tous les mercredi après-midi, les week-end et pendant les vacances scolaires, des jeunes sont accueillis au CSC. Ce sont des jeunes habitués, qui connaissent le CSC, mais ils ne sont pas forcément volontaires : la plupart seraient heureux de passer toutes leurs vacances devant Youtube avec un casque sur les oreilles.
Cela fait environ un an, un an et demi, que des jeunes se retrouvent en groupe, parfois au CSC ou séparément, pour regarder des vidéos et s'en montrer les uns aux autres, c'est un phénomène assez nouveau.
Pour inverser cette tendance, le CSC a proposé des ateliers de réalisation de clips vidéos « à la Norman » mais qui n'ont pas connu un grand succès : une seule adolescente s'est prêtée au jeu.
Nous avons aussi un partenariat avec « Relais et gens du voyage » qui nous amène a accueillir une vingtaine de jeunes et d'enfants dans le CSC, dans l'espace numérique.

Quels sont vos objectifs avec ces activités ?
Pour la structure, la volonté est de réduire la fracture numérique ressentie au contact d'un quartier vieillissant avec des personnes qui souhaitent être à la page. C'est aussi la volonté d'éveiller le public sur de nouvelles pratiques.
Pour nous l'ordinateur est un outil, c'est ce que l'on essai de montrer. Il peut servir aussi bien au jardinier, à la couturière pour faire les patrons, etc. C'est une envie de rendre les personnes les plus autonomes possible vis à vis de cet outil, de montrer les bonnes utilisations.
Ayant travaillé auparavant dans un centre de formation, j'ai toujours trouvé que l'ordinateur était un super outil, mais qu'il était tout aussi important de conserver le contact avec l'autre. C'est pour moi le souhait de « dé-diaboliser cet outil », d'utiliser l'ordinateur pour tout type d’activités culturelles, d'essayer de renouveler les activités du centre.

Quels sont les modalités d'accès au lieu ?
Dans l'espace numérique il y a des activités le lundi de 14h à 16h, le mardi de 19h à 21h30, le mercredi de 13h30 à 18h, le vendredi de 9h30 à 12h puis 16h à 18h et enfin le samedi de 14h à 16h pour l'atelier vidéo.
L'accès libre est vraiment le vendredi de 16h à 18h, mais, de façon informelle, il y a des personnes qui passent un peu n'importe quand.
Il faut adhérer à l'association, 10.80€ à l'année ou 5.40€ pour les minimas sociaux, pour pouvoir accéder au CSC et venir le vendredi après-midi par exemple qui est gratuit pour les adhérents. Pour les activités types ateliers, l'accès est payant et basé sur le quotient familial : entre 3€ et 22€ pour une séance de module du mardi et du vendredi de 2 heures et demi. Pour la vidéo, c'est entre 18€ et 118€ pour l’année (séances de 2h tous les samedis). Pour les ateliers multimédia c'est de 14€ à 90€ pour l'année également.
En terme de parc informatique, nous sommes essentiellement sur Windows même si on utilise aussi des logiciels libres et qu'il y a de plus en plus d'adeptes de GNU/Linux.

Avez-vous un message à faire passer au réseau de professionnel ?
Plutôt des questionnements sur les évolutions des activités numériques dans les EPN : on constate bien que les gens sont de moins en moins demandeurs. La fréquentation des modules baisse de plus en plus, on ne sait pas clairement à quoi c'est dû même si on a quelques idées. Alors comment rester innovant même si on se sent à des années lumières de faire un fablab ?
J'aurai envie de poser des questions aux collègues du réseau : vers quoi vous tournez vous actuellement ? Quel bilan faire de ces années de médiation numérique ? Est-ce qu'ils ont des trentenaires ? Etc.

Avez-vous un message à faire passer aux décideurs ?
Qu'ils voient l'utilité de ce que l'on fait, en direction du 3ème et 4ème âge surtout. Limiter l'exclusion sociale des personnes âgées c'est une de nos missions à soutenir et valoriser. Que ces personnes restent dans une démarche d'apprentissage, socialisante.
Il faut aussi qu'ils réalisent que personne n'a réellement été formé à Internet alors que tout le monde ou presque y a accès. On connaît très mal sa face cachée : les personnes sont sidérées d'apprendre que les contenus ne sont pas stockés sur leur smartphone mais dans des fermes de serveurs, à l'étranger en consommant des ressources. Que lorsqu'on envoit des photos de haute qualité par mail à toute sa famille, on pollue plus que si l'on redimensionne sa photo et que l'on cible la personne à qui envoyer la photo. Il y a un réel travail de médiation à faire sur ces contenus moins médiatisés, moins connus, et qu'il faudrait faire en direction d'un public varié, pas uniquement de retraités.

Avez-vous des souhaits pour l'avenir ?
Créer une dynamique de réseaux d'échanges et d'entraide.