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Immersion en espace numérique : Champigné

Portraits
Retour sur une journée d'immersion au cybercentre de Champigné avec l'animateur du lieu, Mickaël.

Sur le terrain ...

Arrivée en matinée, je suis chaleureusement accueilli par Mickaël, animateur du cybercentre de Champigné depuis 2001.
Des personnes débarquent au compte-goutte et s'installent sur les différents postes informatiques au creux des rosaces. On arrive rapidement à cinq, six personnes.
Mickaël vole d'un poste à l'autre, répondant sans cesse aux requêtes des personnes présentes.
Sommes-nous dans un temps de transmission type atelier ? Est-ce un accès libre ? Ni l'un ni l'autre …
Les personnes présentes sont là pour monter une vidéo, apprendre à utiliser un éditeur de texte ou consulter leurs mails : c'est très diversifié, mais cela n'a pas l'air de perturber Mickaël.
Le téléphone mobile de Claude sonne, il dégaine : « Je suis en train de faire une leçon d'ordinateur ». la conversation est écourtée : il faut continuer de réviser les possibilités de mise en forme des mots : en gras, en italique, en couleur, etc.
« On va faire autrement, on va oublier la souris, on peut aussi utiliser le clavier … essai de mettre le mot 'désertification' en rouge. »
Une fois le problème résolu on passe en caisse. « 2€ s'il te plaît ! »
« Pour taper du texte vous êtes au point, vous aller pouvoir passer à la communication : la prochaine fois on envoie des mails, amenez les adresses mails de vos proches avec vous ! »



Avec Somewhere over the raimbow en fond musical émanant du montage vidéo d'un usager, le cybercentre prend tout de suite un autre visage.
Il est midi moins dix et déjà la population dans le cyber s'est clairsemée. Toujours la vidéo en montage « 50 ans remplis d'amour et de passions, Marcel et Renée », avec les Beatles et autres ambiances musicales sympathiques.

Pause du midi.

Une dame arrive à 14h pour un accompagnement sur du montage vidéo.
Entre deux coups de fil et trois passages dans le cybercentre des têtes connues à priori-Mickaël démarre tranquillement l'accompagnement.
Finalement, une seconde personne arrive pour le cours de vidéo. Elle est sous GNU/Linux.
Le cours utilise le logiciel Windows movie maker.
Mickaël introduit l'atelier par un petit cours magistral durant lequel il dispense quelques notions clés pour faire du montage vidéo.
« Demain, on voit Picasa pour retoucher des photos, mais Google a arrêté ce logiciel, alors vous pouvez utiliser Photoshop, qui est un logiciel payant, mais professionnel ! »
Les différentes étapes à respecter pour monter une vidéo sont les suivantes : inclure les sources, faire le montage, réaliser les effets et transition, finaliser.
Comment convertir des fichier au format .rw2 format RAW propriétaire de la marque Panasonic ?
En utilisant ffmpeg ? Imagemagick ?

Une personne interrompt le cours. Elle apporte un smartphone tout neuf qui appartient à son père, ce dernier semble avoir perdu son mot de passe pour y accéder, de plus il aurait pris l'eau … rendez-vous tout à l'heure pendant le temps libre.
Mickaël l'accompagnera ensuite sur le service client du fournisseur d'accès, se faisant passer pour le fiston de la dame qui a perdu son mot de passe, avec le haut-parleur à plein volume dans tout le cybercentre alors que ce dernier est occupé par sept personnes, toutes là pour des raisons variées, mais elles viennent toutes voir le docteur Mickaël, comme il se fait appeler parfois.
Ce dernier passe de l'un à l'autre des patients, répondant à leurs interrogations, leur apportant des réponses, des trucs et astuces.


Où sommes-nous ?

Nous sommes à Champigné, bourg du Maine et Loire qui a accueilli Roland de La Poype, ancien maire de Champigné, héros de guerre, inventeur de la carrosserie de la Citroën Méhari « Visionnaire et inventeur, Roland de La Poype comprend que l'avenir appartient au plastique et aux emballages jetables » (…)     



Mickaël nous accueille dans le cybercentre du Haut-Anjou, situé en milieu rural, semi-urbain. Le cybercentre est central mais situé dans une rue peu passante, on y vient parce qu'on a identifié un besoin : c'est un peu comme chez le médecin, on vient pas par hasard et on évite d'y aller, dixit Mickaël.
Le bâtiment qui accueille le cybercentre est situé dans les anciennes caves paroissiales rénovées par la commune de Champigné, les activités du cybercentre sont intercommunales.


Qui fait quoi ?

Mickaël est le seul salarié de l'association du cybercentre du haut-anjou, en CDI depuis 2005. Le poste est financé à 95 % par la communauté de communes, et le restant par les activités que le cybercentre génère.
Mickaël assure la gestion de l'activité du cybercentre mais aussi une fonction d'infographiste pour la communication de la mairie (bulletin municipaux, facebook, twitter, panneau LED, etc.) et la gestion du parc informatique de la mairie (23 postes à la mairie, 22 postes dans les deux écoles, des vidéoprojecteurs, parc de téléphones mobiles des agents de la commune, etc.).




Pour quel public ?

Les activités assurées par le cybercentre sont proposées à l'ensemble des habitants de la communauté de commune de façon officielle, mais officieusement c'est plus de 53 communes que le cybercentre touche : en effet des villes comme Chateau-gontier ou le Lion d'Angers, n'ont pas de cybercentres dans leur commune.
La plupart des personnes qui viennent sont des jeunes seniors et des seniors, le plus âgé à 94 ans et il prépare les musiques pour son enterrement ( !), la seconde grande catégorie sont des parents qui sont démunis par la dégradation de leurs relations avec leurs enfants en partie liée aux outils numériques. Enfin des adolescents, des lycéens, des demandeurs d'emploi, des actifs, des personnes en reconversions, des TPE et PME, des touristes et des saisonniers qui viennent pour récolter des pommes (des polonais sont présents de fin août à fin septembre et utilisent skype tous les soirs).




INTERVIEW DE L'ANIMATEUR


Qu'est-ce qui vous motive dans votre travail ?

Mickaël :
"Tout d'abord une motivation personnelle liée à la dimension sociale, relationnelle du métier : il y a beaucoup de rencontres, il faut connaître le territoire, ses habitants, ne pas avoir une activité uniquement face à l'écran, et puis, il y a une dimension pédagogique qui est intéressante également, de la transmission de connaissances et de savoir-faire.
Un des objectifs de mon métier est, dans l'idéal, de bien faire comprendre à la population que l'informatique n'est pas un jouet positif, génial, qu'il faut faire attention aux usages que l'on a avec Internet, etc. Il faut essayer de transmettre un message de précaution, de donner des moyens à tout un chacun de contrecarrer cette emprise que l'informatique peut avoir sur nous, alors même qu'elle semble nous libérer dans une première approche.
L'activité du cybercentre permet aussi de gérer la paix dans les ménages, de rétablir une certaine sérénité mise à mal par l'usage intempestif des jeux vidéos.


Concrètement, comment ça se passe ?

Mickaël :
"Sur la dimension addiction, il y a des interventions dans les écoles auprès des scolaires primaires, des collégiens. Il y a des soirées débats également : comprendre les réseaux sociaux, l'identité numérique. Je fais des démonstrations dans les écoles, je pirate un compte Facebook par exemple pour sensibiliser une classe de cinquième .
J'utilise netpublic pour les ressources.
Sur place au cybercentre, il y a du libre accès, des rendez-vous personnalisés, des accompagnements sur la création de projet.
Les services sont payant : 6€ de l'heure pour les ateliers, et 2€ de l'heure pour les fréquentations.


Quel message à faire passer au réseau de professionnel ?

Mickaël :
"Un message d'encouragement, car le métier est à peine reconnu, et on peine toujours à le valoriser dans le cursus scolaire. On s'est tous plus ou moins, animateurs multimédia, construits seuls, en autodidactes.
Les motivations ont changé en dix ans, on est passé de la fracture numérique à d'autres enjeux, comme les données personnelles, l'identité numérique, la vie privée, etc. Il faut continuer de se former pour rester en avance sur les utilisateurs, être en veille technologique.
Ne pas hésiter à partager ses savoirs et ressources.
Soutenez l'association PiNG car c'est la seule encore en place et qui relaie notre travail aux élus qui nous financent.  




Quel message à faire passer aux décideurs ?

Mickaël :
"Il faut continuer à promouvoir l'apport de connaissances par le biais des cybercentres.
On me dit souvent pour les smartphones : « il est ou le mode d'emploi ? », et bien, il n'y en a pas de livré avec l'appareil ! Alors on peut répondre que le cybercentre est un mode d'emploi pour de nombreux appareils. On achète du matériel, mais on ne sait pas comment s'en servir. Le numérique prend de plus en plus de place dans la société, le seul interlocuteur qui peut apporter une réponse autre que commerciale, c'est le cybercentre.
Il faut valoriser les personnes compétentes qui sont le vecteur d'une certaine paix sociale.
Pour travailler dans notre société, il faut la comprendre, et donc utiliser ses outils numériques, cela devrait être obligatoire d'enseigner ces outils dès le plus jeune âge."