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Immersion en espace numérique #1

Portraits
Cette première immersion dans un espace numérique a eu lieu au cybercentre de la maison de quartier du Breil, à Nantes. Récit des deux après-midi passés au sein de cet espace numérique, par Thomas Bernardi, de PiNG.

Jeudi 23 mai 2013

 
Nous voilà dans l'espaces public numérique du centre ACCOORD du Breil, à Nantes.
Un groupe de personnes s'affaire autour d'une rosace, endroit désormais emblématique des espaces publics numériques.
 


On sélectionne des photographies pour contribuer au concours photo "Regards croisés" de la ville de Nantes, intitulé cette année Surpr'Nantes.   
 
Jean-Yves, animateur expérimenté, mène l'atelier dans lequel il s'agit avant tout de visionner les photos prisent lors d'une déambulation en ville, afin de choisir le cliché qui rendra célèbre son auteur, ne serait-ce qu'un court moment dans le cercle confidentiel des photographes amateurs nantais. 
L'atelier est aussi, et surtout, l'occasion de causer de choses et d'autres : voyages, voyages et autres choses douces. On est vraiment au cœur d'un espace socio-culturel, activant le lien social, rencontres, échanges plutôt qu'un espace dédié à la monstration technologique.
Et ça paraît tellement évident quand c'est vécu de cette façon. 



 
Et puis après on parle du Cloud. Tellement pratique le Cloud, on peut mettre des photos dans le Cloud et puis on y accède partout après avec nos téléphones et tout le reste. Et donc le Cloud et bien... c'est Google (!). Google c'est quand même simple et leurs services sont bons ! Tout à fait ma bonne dame, mais a-t-on besoin chacun d'en faire la promotion ? Qui plus est dans un espace PUBLIC numérique ? 
D'accord, mais alors... on propose quoi d'autre ?
La question de l'économie est sous-jacente à ces plateformes numériques, publiques et gratuites mais portées par des entreprises privées... 

Jean-Yves finit par accompagner une des personnes pour trouver un billet d'avion Nantes-Marseille sur le net. Un sacré coup de main pour la petit dame qui a fini par trouver un billet low-cost à 50€ qui réjouit l'assemblée devant tant de compétitivité. 
"Nous aurions pu prendre le train tout de même c'est plus agréable et ça va de gare en gare"
"Oui mais c'est cher, sauf si vous vous y prenez très longtemps à l'avance"
"Ben ça tombe bien, c'est pas pour tout de suite"
Victoire des moyens de transports ayant moins d'impact sur l'environnement. 
 
On rajoute un zinc, quelques tabourets et guéridons et l'on discerne mieux le rôle - essentiel et pourtant si peu valorisé - que tiennent les espaces publics numériques dans l'écosystème urbain post-moderne : des cafés sans café. Des espaces de socialisation, de rencontre et d'échanges. 

Puis l'atelier se termine et deux personnes restent dans l'EPN pour causer smartphones et autres petits dispositifs numériques « intelligents » et ubiquitaires. Une dame s'est vue offrir un smartphone via son fournisseur d'accès. Au final, comme c'était compliqué, pas compatible, pas le bon forfait... elle s'en est tirée avec un smartphone encore plus mieux, mais qu'elle a quand même payée 60€ (elle pourra se faire rembourser 30€ dans 10 mois rassurez-vous) : « pas mal comme opération marketing ! bien joué les gars on est des winners »



 


Après quoi, nous explorons ensemble le monde merveilleux des « applis » dont elle pourra bénéficier avec son nouveau fétiche : GPS, spotify, shazzam, photo etc. 
La fracture numérique s'est réduite aujourd'hui !  
Présentation de « l'appli » TAN pour savoir quand et où arrive le prochain bus... pas mal. 
 
Durant la convers(at)ion qui dévie lentement sur l'impact des ondes électromagnétiques sur la santé... deux jeunes s'installent paisiblement derrière un écran...puis repartent tranquillement... 
"De toutes façons, les ondes, y en a partout"
 
On déroule ensuite paisiblement sur les spams. Les fameux spams qui nous proposent 30 millions d'euros car chanceux que nous sommes, Francis DuChmole prince de la contrée au fond à droite est en train de mourir d'un cancer en phase terminale et c'est sur nous qu'il compte pour se soulager de sa fortune en contrepartie de nos données bancaires. Classique, mais à priori, toujours efficace et inquiétant pour une partie de la population ayant peu affaire avec les vicissitudes de la vie en ligne... 
 
Nous y sommes : en l'espace de deux heures dans l'EPN du Breil, nous balayons quelques grands thèmes de la culture numérique : Google, les smartphones (et donc ici Android et donc Google), le Cloudcomputing, les ondes électromagnétiques et les spams.
Ces vastes sujets ne sont donc pas l'apanage de chercheurs et autres intellectuels improvisés mais posent question à une grande variété de personnes de la société civile.
Chacun en effet se l'approprie, le pratique et crée ainsi son propre regard critique, accompagné par l'animateur, médiateur qui lui fournit conseils techniques et élément clé sur les enjeux liés à moyen terme.
 
 
 
Vendredi 24 mai 2013 
 
Dès l'arrivée ça cause de Windows 7 et de Windows 8 avec un sentiment de crispation générale à l'idée de passer sur une nouvelle version de Windows, de repayer à nouveau, d'avoir des problèmes de compatibilités etc. Une conversation déjà entendue maintes fois. 
Évidemment dans ce contexte, difficile de ne pas parler du système d'exploitation libre GNU/Linux ... 
À ma surprise, les personnes présentes ont toutes les yeux qui s'illuminent dès que je parle de cette alternative possible, de cet échappatoire. 
Mon sentiment sur le coup est que la tiédeur vis à vis des solutions logiciel libre ne vient pas forcément des utilisateurs de l'EPN mais bien de la politique et des habitudes de l'EPN lui même. On acquiesce timidement sur le fait qu'utiliser GNU/Linux pour du traitement de texte et de la navigation Internet suffit amplement, mais pour du montage vidéo « c'est pas encore la panacée ». 
 
N'a t-on pas besoin d'une politique commune et volontaire sur la question des systèmes logiciels utilisés au sein des espaces PUBLICS numériques ? En lien avec les projets sociaux, culturels eux assez engagés !
Imaginer un positionnement des collectivités qui, sans rentrer dans des considérations métaphysiques, puisse être en adéquation avec le projet politique de service public de sensibilisation et de formation au numérique que représentent les EPN ? 
Ne s'agit-il pas alors de promouvoir des solutions logicielles et matérielles qui soient les plus locales, accessibles et libres possibles afin de donner la capacité aux personnes d'appréhender sereinement le numérique et de les défaire de ces boulets informatiques que peuvent être les « solutions » propriétaires ? Encore faudrait-il permettre aux médiateurs, animateurs d'en être les acteurs-passeurs ...
 
Retournons dans notre espace public numérique du Breil où se déroule un atelier vidéo, mené de main de maître par Daniel, également animateur multimédia. 
Les participants annoncent clairement leur satisfaction en ce qui concerne le matériel multimédia de l'EPN : 
"La caméra HD est toute petite mais alors la qualité... top"

 

Deux jeunes débarquent ensuite pour faire du jeu en réseau... Et pour nous montrer le film d'animation qu'ils ont réalisé en réponse à une demande d'une enseignante de leur collège. Résultat : 17/20. Victoire. 

Le film a été monté avec l'aide précieuse des animateurs multimédia, et on sent que l'intérêt des jeunes est vif pour ce type d'activité.
 
Mon séjour à l'espace public numérique du Breil se termine en fin d'après midi. Au total, une trentaine de personnes ont franchi le pas de la porte durant ces deux après-midi pour diverses raisons : atelier photo, vidéo, jeux en réseau, visionnage de match de foot en streaming, impression de document... Les activités sont nombreuses et encore une fois on peut constater la polyvalence des animateurs qui doivent être capable de s'adapter à toutes sortes de situation pédagogique, technique. Loin de faire le bilan des activités de l'EPN du Breil, j'ai cependant pu ressentir un intérêt réel de la part du public pour des sujets peut-être moins techniques et plus d'ordre culturels liés au numérique, mais qui restent pour l'instant à l'état de discussion informelle. Peut-être que des ateliers portant sur la culture numérique pourraient trouver leur place au sein de cet EPN.